À propos des prodiges eucharistiques inexpliqués par la science

Par Paul Bouchard    QUÉBEC -      Dimanche 15 Juin 2008

Saviez-vous que cĄŻest seulement dans lĄŻÉglise catholique romaine que des miracles eucharistiques se produisent? Ces phénomènes, inexplicables scientifiquement, visent clairement à corroborer et à stimuler la foi de lĄŻÉglise en la présence réelle, vraie, substantielle et permanente de Jésus, âme et corps, sous les espèces du pain et du vin consacrés.


Photo Daniel Abel

Pendant les deux millénaires de lĄŻère chrétienne, ces irruptions du surnaturel dans la trame du monde terrestre ont été relativement fréquentes. Si lĄŻon se base sur lĄŻouvrage de Renzo Allegri intitulé «Le Corps du Christ» (Médiaspaul 2006), ce phénomène particulier du catholicisme se serait produit 55 fois, soit, en moyenne, à tous les 36 ans. Mais cette liste nĄŻest pas exhaustive. LĄŻauteur ne mentionne quĄŻun seul miracle eucharistique survenu durant la génération actuelle alors quĄŻil y en a eu plusieurs. Selon une autre source, 132 miracles eucharistiques auraient été déjà recensés.

Mon épouse et moi avons même été témoins de lĄŻun dĄŻeux à Béthanie au Venezuela où une hostie consacrée porte encore la trace dĄŻune goutte de sang. Ce phénomène, survenu pendant la célébration de la messe, a été reconnu authentique par lĄŻévêque du lieu.

Les manifestations très spectaculaires autour de la voyante coréenne Julia Kim de Naju, dont témoigne sous serment Mgr Roman Danylak, administrateur apostolique de lĄŻéparchie de Toronto pour les catholiques ukrainiens, nĄŻont pas obtenu le même aval de lĄŻautorité ecclésiastique locale.

Lors de la concélébration que lĄŻévêque torontois présidait à Naju même, lĄŻhostie donnée à Julia sĄŻest transformée en un morceau de chair ensanglantée. Ce phénomène sĄŻest produit à plusieurs reprises et notamment au Vatican au cours dĄŻune messe de Jean-Paul II célébrée en privé et à laquelle la voyante a participé. En dépit de ces faits ratifiés par des personnalités hautement crédibles, lĄŻévêque diocésain a vertement critiqué la voyante et son entourage et a interdit, sous peine dĄŻexcommunication automatique, toute participation à des célébrations sacramentelles sur les lieux.

Lourdes 1999

Le prodige eucharistique de notre époque rapporté par Allegri a eu lieu à Lourdes en 1999. Les évêques de France ont dû ne pas croire à ce que leurs yeux ont vu et que les caméras de la télévision ont amplement enregistré, puisquĄŻils nĄŻont pas reconnu que le phénomène dont ils ont été témoins ne sĄŻexpliquait pas rationnellement.

Au cours dĄŻune concélébration présidée par le cardinal Billé, archevêque de Lyon à laquelle ont participé tous les évêques français, de nombreux prêtres et tous les Abbés des monastères trappistes du monde entier, lĄŻhostie du célébrant (particulièrement grande dans les circonstances pour être bien visible par les caméras) sĄŻest soulevée comme mue par un ressort et a vacillé au moment de lĄŻépiclèse (cĄŻest-à-dire lorsque lĄŻévêque a étendu les mains sur les espèces en invoquant lĄŻEsprit Saint). Elle est demeurée ainsi suspendue à lĄŻhorizontale sans support jus­quĄŻau rite de la communion.

On est en droit de sĄŻinterroger sur un tel phénomène et demeurer sur une réserve prudente avant de conclure au miracle. Le soulèvement de lĄŻhostie à deux centimètres de la patène ne pourrait-il pas être lĄŻ©«uvre dĄŻun illusionniste, un truc de magie? Mais, que je sache, Dieu merci, il y a très peu de magiciens parmi nos évêques!

SĄŻil sĄŻagit cependant dĄŻune intervention surnaturelle, le phénomène devrait avoir un sens. Jamais le Seigneur ne ferait de miracles simplement pour épater la galerie. Chacune de Ses interventions, quĄŻelles soient eucharistiques ou dĄŻune autre nature, a un sens et une raison dĄŻêtre en lien avec un contexte ecclésial spécifique. On peut alors se demander quel serait le sens du miracle eucharistique de Lourdes? Si miracle il y a, quel est son message?

Ce nĄŻest pas un hasard si le phénomène sĄŻest produit à Lourdes, à la veille du troisième millénaire et durant une concélébration de tous les évêques français. Car cĄŻest à partir de la France que le mouvement de contestation de Vatican II de Mgr Lefebvre sĄŻest manifesté. Le renouvellement de la liturgie que ce Concile a enclenché a mis en valeur les concélébrations ainsi que la prière à lĄŻEsprit sur les espèces, précisément à lĄŻépiclèse. Le miracle confirmerait donc, face au mouvement intégriste, la validité de la réforme liturgique de Vatican II.

Ce nĄŻest pas un accident non plus si ce phénomène a pu être aperçu par les évêques seulement, intentionnellement semble-t-il, les autres assistants étant trop éloignés de lĄŻautel pour en être témoins, sinon par lĄŻentremise de vidéos. Au moment où dans lĄŻÉglise certains théologiens mettent en opposition, comme si elles sĄŻexcluaient mutuellement, la présence réelle et permanente de Jésus dans lĄŻHostie et sa présence dans la communauté qui célèbre son mémorial, le signe de Lourdes peut contribuer à raffermir lĄŻintégralité de la foi que les évêques ont le devoir de garder et de transmettre à tout le peuple de Dieu.

Le signe de Lourdes, enfin, semblerait constituer une prise de position du Seigneur dans lĄŻune des controverses qui opposent la catholicité et lĄŻorthodoxie. Il lèverait ainsi un obstacle ©«cuménique important, qui prive lĄŻÉglise de respirer par ses deux poumons, pour reprendre lĄŻexpression imagée de Jean-Paul II.

Ce différend perdure à propos du moment où sĄŻopère la transsubstantiation, cĄŻest-à-dire la transformation du pain et du vin en la chair et le sang du Seigneur. Deux traditions parallèles, qui remontent aux Pères de lĄŻÉglise, ont été transmises au cours des siècles. Le rite latin de lĄŻÉglise occidentale a adopté la proposition théologique de saint Jean Chrysostome (IVe siècle) selon laquelle la consécration sĄŻeffectue lorsque le prêtre répète les paroles du Christ lors de la Dernière Cène: «Ceci est mon corpsĄŠ ceci est mon sang». LĄŻÉglise orientale quant à elle se réfère à saint Jean Damascène (VIIIe siècle) pour soutenir que cĄŻest à lĄŻépiclèse que sĄŻopère le mystère de lĄŻautel. On site un passage des écrits du théologien à qui on demande «comment le pain devient Corps du Christ, et le vin Sang du Christ? Moi je te dis: le Saint Esprit fait irruption et accomplit cela qui surpasse toute parole et toute pensée».

Or, cĄŻest précisément ce que le signe de Lourdes illustre. Ainsi, le Seigneur Lui-même, par ce prodige peu spectaculaire et plutôt discret —ce qui sĄŻajuste parfaitement à la mentalité des théologiens timorés en matière de signes— confirmerait la théologie orientale.

Quelques faits

Le prodige eucharistique de Lour­des, quĄŻon pourrait juger à première vue superficiel, interprété dans le contexte des enjeux et débats cruciaux qui ont cours dans lĄŻÉglise dĄŻaujourdĄŻhui, se révèle ainsi très significatif. Je mĄŻy suis attardé parce quĄŻil illustre bien le lien qui existe entre le prodige et la vie de lĄŻÉglise. Ce qui démontre que le Christ se veut concerné et affecté par lĄŻétat et la gouverne de lĄŻÉglise à chaque moment de son histoire, particulièrement aux heures difficiles et aux périodes où la foi est éprouvée. Toutefois, aucun membre de la hiérarchie française nĄŻa voulu commenter le fait et lĄŻÉglise de France, au nom dĄŻune légitime prudence, maintient une consigne de silence.

Dans le passé, les miracles eucharistiques sont survenus généralement à des moments où la foi était vacillante. Soit que le prêtre qui célèbre doute de la présence réelle de Jésus, soit encore que des mouvements de spiritualité, inspirés par une théologie déviante, représentent un danger pour lĄŻintégralité de la vraie foi. Un certain nombre de ces miracles ont consisté en une transformation visible du pain et du vin en de la chair et du sang.

DĄŻautres miracles rapportés par Renzo Allegri se sont produits à la suite de vols de vases sacrés contenant les Saintes Espèces que les voleurs ont parfois jetées dans des buissons, et même, dans un cas, enfouies sous un tas de fumier. Des lumières mystérieuses émanant des Hosties ont permis de les retrouver intactes et parfaitement conservées.

Dans certains cas, les hosties miraculeuses, plutôt que dĄŻêtre consommées ont été exposées à la vénération des fidèles pendant des décennies sans se corrompre. Ce qui ne sĄŻexplique pas rationnellement puisque le pain azyme avec lequel sont fabriquées les hosties est une substance fragile qui se désa­grège en peu de temps.

LĄŻHostie du miracle de Turin survenu en 1453 a été exposée à la vénération des fidèles pendant plus dĄŻun siècle. Je mentionne ce prodige particulier à cause dĄŻun détail savoureux. Les archives révèlent quĄŻelle a été consommée après 130 ans par ordre du Saint-Siège «pour ne pas obliger Dieu à accomplir un miracle perpétuel en la conservant intacte».

Pour ceux que cette candeur rendrait sceptiques, on peut citer un autre miracle de conservation dĄŻhosties volées, survenu cette fois à Sienne en 1730. Ces hosties sont encore actuellement exposées à la vénération des fidèles. Durant les 278 années de leur exposition, ces Espèces ont subi de nombreux tests, vérifications, examens systématiques et expertises scientifiques. En 1914, un examen scientifique approfondi a été entrepris sous la conduite du professeur Siro Grimaldi, un chimiste réputé de lĄŻUniversité de Pise.

Dans son rapport, le professeur Grimaldi a écrit quĄŻaprès 184 ans, il avait trouvé les hosties «lisses et brillantes, avec des bords nets, ni accidentés, ni émoussés. Privées dĄŻacariens, de vers, de toiles dĄŻaraignées, de moisissures et de tout autre parasite animal et végétal spécifique à la farine de froment dont elles sont composéesĄŠ

«La farine de blé, poursuit-il, est le meilleur terrain de culture des micro-organismes, des parasites animaux et végétaux, de la fermentation lactique et putride. Les hosties de Sienne sont donc en parfait état de conservation contre toute loi physique et chimique et malgré les conditions totalement défavorables dans lesquelles on les a trouvées. Il sĄŻagit dĄŻun phénomène absolument anormal: les lois de la nature sont inverties. Le verre du ciboire où elles sont conservées est recouvert de moisissure tandis que la farine sĄŻest révélée plus réfractaire que le cristal.»

 

Le miracle des miracles

Parmi les prodiges que le Seigneur a voulu accomplir pour rappeler la sublime réalité de sa Présence dans lĄŻEucharistie, il en est un qui ressort comme un coup de poing dans la face de lĄŻincroyance. CĄŻest en même temps le plus ancien connu, survenu à Lanciano, Italie, autour de lĄŻan 750. Les Espèces du miracle, qui apparaissent comme une fine tranche de chair de forme circulaire et cinq caillots de sang (les cinq plaies), sont aujourdĄŻhui conservées dans lĄŻéglise dédiée à saint François. Elles ont été soumises à notre époque à des expertises scientifiques qui ont donné des résultats bouleversants.

En ce qui concerne lĄŻorigine du miracle, on ne les connaît pas en détail et, contrairement à dĄŻautres faits du même genre dont lĄŻhistoricité est parfaitement documentée, aucune preuve, aucun compte-rendu contemporain ne sont parvenus jusquĄŻà notre époque, le récit rédigé par les moines témoins de lĄŻévénement ayant disparu au XVe siècle à la suite dĄŻun vol. La tradition orale raconte simplement quĄŻun moine basilien, harcelé par les doutes sur la Présence réelle de Jésus dans lĄŻhostie a vu, après la consécration lors dĄŻune messe quĄŻil célébrait, le pain et le vin se transformer en de la vraie chair et du vrai sang qui sont encore aujourdĄŻhui dans le même état, après plus de 1200 ans dĄŻexposition à la vénération des fidèles.

Le fait quĄŻil nĄŻexiste aucun document historique avant 1631 ne permet pas de douter de lĄŻauthenticité du miracle puisquĄŻil ne peut y avoir dĄŻautres explications raisonnables aux Espèces existantes que le récit traditionnel. Un pavé dans la mare des historiens pour qui ce qui nĄŻest pas bien documenté nĄŻa jamais existé et une pierre dĄŻachoppement pour la mentalité matérialiste qui fait penser à une autre relique sans preuve historique mais qui emporte la conviction de son authenticité par la seule force de son inexplicable réalité: le Saint-Suaire de Turin.

Dans le cas de Lanciano, ce sont les résultats dĄŻétudes scientifiques contrôlées avec la plus grande rigueur qui suscitent et confirment de manière bouleversante les affirmations de la foi.

 

Une première étude moderne a été effectuée en 1970 par le professeur Edoardo Linoli, un expert de renommée internationale en anatomie et en histologie pathologique de chimie et de microscopie clinique, qui a été secondé dans son travail dĄŻexpertise par le professeur Ruggero Bertelli de lĄŻUniversité de Sienne. Dans son volumineux rapport publié dans une revue scientifique en 1971, il conclut entre autres

— que le tissu circulaire a été prélevé par «une main experte en dissection anatomique» dans le myocarde,

— que le sang est du vrai sang,

— que la chair et le sang appartiennent à lĄŻespèce humaine,

— que le même groupe sanguin AB pour la chair et le sang peut indiquer quĄŻils appartiennent à la mê­me personne,

— que les analyses des caillots révèlent du sang frais comme sĄŻil avait été prélevé le jour-mê­me.

Suite à lĄŻintérêt quĄŻa suscité le rapport du professeur Linoli dans le monde scientifique, un biologiste italien membre du Conseil supérieur de lĄŻOrganisation mondiale de la Santé (OMS), a con­vaincu lĄŻor­­­ganisme international de procéder à dĄŻautres vérifications, non parce quĄŻil mettait en doute les conclusions du docteur Linoli mais parce quĄŻil jugeait dĄŻune extrême importance scientifi­que les analyses déjà effectuées.

 

Les nouvelles recherches, chapeautées par lĄŻONU, qui a réuni une équipe dĄŻexperts de sept nations, a duré 15 mois au cours desquels plus de 500 examens scientifiques ont été effectués, utilisant des techniques et des équipements de pointe, incluant ceux de la médecine nucléaire.

Au terme de ces recherches, la Commission scientifique internationale a publié son rapport à New York et à Genève en 1976. Il confirme pleinement les résultats obtenus par le professeur Linoli. De plus, les experts précisent que les reliques du miracle de Lanciano ne peuvent absolument pas être des tissus momifiés et que leurs conservations après 12siècles dans des reliquaires en verre et sans agent de conservation est inexplicable scientifiquement.

Le rapport confirme que le morceau de chair est bien un tissu provenant du c©«ur et ajoute, «sans aucun doute», que la chair, est «un tissu vivant car il répond rapidement à toutes les réactions cliniques propres aux êtres vivants» et présente tous les caractères dĄŻune chair prélevée le jour-même de lĄŻanalyse, tout comme le sang, sur une personne vivante et non sur un cadavre.

Des affirmations objectives renversantes qui autorisent Renzo Allegri à conclure que le miracle de Lanciano nĄŻest pas un prodige survenu il y a 12 siècles mais un miracle «qui se renouvelle jour après jour, heure après heure: cĄŻest un miracle permanent».

Conclusion

En conclusion de ce trop bref compte-rendu sur les prodiges eucharistiques, certains pourront soutenir quĄŻils nĄŻen ont que faire en arguant que la foi mature nĄŻa pas besoin de miracles. Et ils soutiendront quĄŻil vaut mieux passer sous silence ces manifestations surnaturelles de la divinité (comme si on devait en avoir honte) en les assimilant à la foi du charbonnier sans culture. DĄŻautres iront jusquĄŻà réprouver avec une pointe de mépris ceux qui les publient.

Mais ces croyants, animés par la bonne intention de promouvoir une foi dépouillée, ne risquent-ils pas de tomber dans une forme dĄŻangélisme? Il resterait à déterminer à quel camp des anges un tel angélisme profite le plus. Celui des bons ou des mauvais?